Deux
catastrophes, agressives comme celles d’un journal télévisé,
ouvrent l’évangile de ce troisième dimanche
de Carême : des galiléens offerts en sacrifice par
Pilate et dix-huit personnes écrasées par la chute
d’une tour. Suit, pour chacun des exemples, une exhortation
à l’urgence de la conversion : « Si vous
ne vous convertissez pas, vous périrez de la même manière.
» Puis, c’est le temps d’une parabole sur
la nécessité de porter du fruit. Comment entendre
et articuler violence et vie avec le péché de l’homme
et la grâce de Dieu ? La Bonne Nouvelle nous presse : notre
Dieu est-il un Dieu patient ou impatient ?.
Luc 13,1-9
« […] Jésus leur disait encore cette
parabole : « Un homme avait un figuier planté dans
sa vigne. Il vint chercher du fruit sur ce figuier, et n’en
trouva pas. Il dit alors à son ouvrier-vigneron : "Voilà
trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n’en
trouve pas. Coupe-le. À quoi bon le laisser épuiser
le sol ?" Mais l’ouvrier-vigneron lui répondit
: "Maître, laisse-le encore cette année, le temps
que je bêche autour pour y mettre du fumier. Peut-être
donnera-t-il du fruit à l’avenir. Sinon tu le couperas."
»

Le tableau choisi pour cette quatrième méditation
est un tableau coloré et violent. Saturé de rouge
et de noir, le duel des deux couleurs est dramatisé par les
larges coups de racloir qui ont gratté la peinture. Nous
sommes dans la deuxième période ou deuxième
technique du peintre : ce que Pierre Soulages met au jour n’est
plus tant le noir dans son rapport de contraste ou sa qualité
de noir, mais ce qu’il va chercher, trouver, derrière
lui. Le rouge est traité comme un fond, puis le peintre le
recouvre ou le découvre, selon la pression de son racloir
en cuir, en venant déposer la peinture noire. Quand il appuie
fortement le noir est arraché, lorsqu’il appuie doucement
le noir se dépose.
C’est une peinture dynamique, volontaire, résolue et
vivante ; où l’homme travaille, s’acharne, transmet
de sa vigueur à la toile. Il faut faire et faire vite.
À quoi me renvoie t-elle ?
Comme pour l’évangile, je regarde, un peu bousculée,
le "sanglant" des catastrophes.
Mais, la peinture me révèle aussi le
rouge-sang de la vie. L’ordre de mort, le « coupe-le
» du maître à son vigneron [qui ne s’occupe
pas de vigne, de raisin ou de vin, mais de figuier (!)] est aussitôt
contrecarré par la demande de sursis. Il faut du temps, donner
du temps, le temps des gestations et des commencements. Il faut
attendre, prendre patience.
Ce que cette toile me raconte (le rouge caché
derrière le noir), c’est ce qu’a vu ou pressenti
l’ouvrier plein d’espérance. Le bon vigneron
va bêcher et mettre du fumier autour de l’arbre, parce
que derrière la stérilité apparente, il y a
une vie cachée, secrète, celle des racines dans la
nuit obscure de la terre, et de la terre promesse et porteuse de
vie. C’est le temps du labeur, de l’action généreuse,
l’heure du risque audacieux. « Le monde est en feu !
» : disait la grande Thérèse.
Mais la vie a un prix, elle est précieuse.
« À quoi bon le laisser épuiser le sol ?
» Ne pas laisser le sol s’épuiser, c’est
donner du fruit. C'est-à-dire entrer dans la dynamique de
vie. Je reçois, je donne et je transmets. Nous avons, nous
aussi, à mettre au jour la vie, une vie jaillissante de la
lumière rouge, et sans gaspillage.
En Jésus, je reconnais un Dieu patient dont
l’amour nous presse.
Sr Nathalie
Pierre Soulages, Peinture 81 x
65 cm, 22 septembre 1961, Huile sur toile, Musée Fabre, Montpellier.
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